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Too Good To Go : les nouvelles ambitions de l’appli anti-gaspi

il y a 4 jours
5 min de lecture
Un commerçant donne un sac Too good to Go à une cliente

Dix ans après sa création, Too Good To Go revendique 20 millions d’utilisateurs en France.


Accepter de moins choisir pour payer moins cher : le panier surprise a trouvé son public. Mais où en est aujourd’hui le leader de l’anti-gaspi, et quelle place prend-il dans l’économie de la restauration ?


Comment le panier surprise a-t-il trouvé son public en France ?


Le panier surprise repose sur un compromis : payer moins cher en acceptant de moins choisir. Le client sélectionne un établissement, un prix et un créneau de retrait. Le détail des produits dépend des invendus. Les paniers sont proposés, en moyenne, au tiers de leur valeur initiale.


Le format, lancé en 2016, permet de rendre commercialisable une offre qui change selon les surplus disponibles. Le professionnel annonce un nombre de paniers et une valeur de produits, sans devoir constituer un catalogue détaillé de chaque invendu. Le contenu est ajusté aux produits restants. L’application rassemble les acheteurs intéressés par ces conditions et organise la réservation.


Pour un restaurant qui dispose de plats déjà préparés, les matières premières et le travail de préparation représentent des dépenses déjà engagées. La vente du panier récupère une partie de cette valeur, après déduction des frais de la plateforme. Le montant encaissé ne constitue pas un bénéfice intégral mais il réduit la perte sur une production invendue.


Quel rôle l’inflation a-t-elle joué dans son développement ?


L’essor de Too Good To Go s’inscrit dans une forte hausse des dépenses alimentaires. En France, les prix de l’alimentation ont augmenté de 6,8 % en 2022, puis de 11,8 % en 2023, en moyenne annuelle. Dans ce contexte, une réduction affichée sur des produits alimentaires répond directement aux arbitrages budgétaires des ménages.


« L'inflation joue plutôt en notre faveur »

reconnaissait Méleyne Rabot, alors directrice générale France, en juin 2025. L’entreprise revendique une économie de 50 à 70 % par rapport au prix habituel des produits. L’argument environnemental s’accompagne donc d’un avantage financier visible dès la réservation, sans attendre un changement d’habitudes ou des économies à long terme.


Cette dynamique se retrouve dans les volumes annoncés : près de 3 millions de nouveaux utilisateurs en France en 2025 et 20 millions de paniers surprise vendus sur l’année. Derrière les repas « sauvés », ce sont aussi des transactions commerciales, organisées autour d’un prix et de conditions de retrait que les acheteurs acceptent.


Quelle place Too Good To Go occupe-t-il dans la restauration commerciale ?


Buffets, vente à emporter, cuisine à la commande : parle-t-on des mêmes invendus ?


Dans le snacking, les selfs ou les buffets de petit-déjeuner, une partie de l’offre est préparée avant de connaître la demande exacte. Les sandwichs assemblés, les plats cuisinés et les viennoiseries disponibles en fin de service constituent une production déjà prête à trouver preneur.


Chez Flunch à Toulouse-Gramont, le panier rassemble des entrées, des plats ou des desserts selon les produits restants. L’enseigne précise que le menu complet dépend des disponibilités. Chez Sushi Shop à Toulouse, l’offre regroupe les références de l’enseigne : sushis, makis, poke bowls… Le panier absorbe le décalage entre les quantités préparées et les quantités vendues.


Dans un restaurant qui cuisine à la commande, le problème rencontré n'est pas le même. Un couvert de moins laisse des ingrédients en stock, sans nécessairement laisser un plat terminé. La gestion des achats, la conservation et la réutilisation des préparations occupent alors une place centrale. Le nombre de paniers proposés sur l’application ne suffit donc pas à juger la qualité de la gestion d’un restaurant.


Que gagne un restaurant à vendre ses surplus sur l’application ?


À la récupération d’une partie des coûts s’ajoute un intérêt commercial : faire entrer dans l’établissement des personnes qui le découvrent par l’application. Dans sa présentation destinée aux restaurateurs, Too Good To Go annonce que 61 % des utilisateurs découvrent un nouveau commerce grâce à ses paniers. A noter : ce chiffre porte sur la découverte d’un établissement mais ne mesure pas le retour de ces acheteurs au tarif habituel.


Pour le restaurant, la distinction est importante. La fréquentation apportée par l’anti-gaspi ne se confond pas avec une clientèle acquise pour le service en salle.


Cette recherche de recettes supplémentaires comporte aussi une règle explicite : les conditions générales de Too Good To Go interdisent de produire davantage de nourriture dans le but de la vendre sur l’application. Le contrat porte sur l’écoulement des surplus existants. Produire des portions supplémentaires pour remplir des paniers contrevient au fonctionnement prévu par la plateforme.


Sac Too Good to Go avec légumes frais

Comment Too Good To Go remonte-t-il la chaîne alimentaire ?


Pourquoi Too Good To Go ouvre-t-il un débouché aux surplus industriels ?


Une partie des surplus alimentaires reste bloquée avant même d’arriver dans les commerces ou les restaurants. Surstocks, erreurs de commande, problèmes d’étiquetage : des produits consommables sortent des circuits habituels de distribution. C’est à ces invendus que s’adressent les colis anti-gaspi, lancés en France en juin 2023. Ils regroupent des produits d’épicerie et des boissons, livrés à domicile ou en point relais.


Pour Too Good To Go, ce développement change aussi le rôle de l’entreprise. Dans le modèle du panier, le commerçant vend directement au consommateur et la plateforme intervient comme intermédiaire. Pour les colis, Too Good To Go devient le vendeur, avec des partenaires chargés du stockage, de la préparation et de la livraison. À la mise en relation s’ajoute une activité de vente et une organisation logistique.



Autre évolution : les utilisateurs disposent désormais de la possibilité de composer leur colis parmi différentes catégories de produits. Cette formule rapproche l’achat anti-gaspi des courses d’épicerie : le consommateur sélectionne des produits selon ses besoins, avec une livraison qui élargit l’offre disponible au-delà des commerces de son quartier.


Pourquoi proposer aussi des logiciels aux distributeurs et des outils pour les dons ?


Too Good To Go cherche également à intervenir au moment où le magasin décide du sort de ses produits. Lancé en 2023, Too Good To Go Platform réunit plusieurs fonctions : suivi des dates de consommation, recommandation du canal de redistribution et mise en vente sur l’application. Le groupe Casino figure parmi les partenaires historiques avec lesquels ces modules sont développés.


Le logiciel organise ainsi plusieurs destinations pour un même surplus : une remise en rayon, un panier vendu sur l’application ou un don à une association. Le panier devient l’une des options proposées dans un ensemble plus large de décisions de gestion.


Avec Donations+, lancé en France le 1er juin 2026, l’entreprise prend aussi en charge l’organisation numérique des dons. Les équipes du magasin scannent les produits ; les associations consultent les denrées et les quantités disponibles, puis réservent un créneau de collecte. Carrefour, Naturalia et Super U ont participé à la conception du dispositif.


Cette diversification dessine une stratégie : installer Too Good To Go dans le fonctionnement quotidien des professionnels, depuis le repérage des produits à date courte jusqu’à leur redistribution. Les développements annoncés concernent ici principalement la grande distribution, tandis que les colis ouvrent un débouché aux industriels et aux grossistes.


Le succès de l’application signifie-t-il que l’on gaspille moins ?


La croissance des paniers vendus mesure le développement d’un circuit de redistribution. Elle dépend du nombre de commerces partenaires, des surplus proposés et de la demande des utilisateurs. Elle ne renseigne pas, à elle seule, sur l’évolution des quantités jetées dans les établissements participants.


À l’échelle nationale, le gaspillage reste massif : 3,9 millions de tonnes de nourriture comestible ont été jetées en France en 2024. Les ménages représentent 34 % de ce total. Le parcours des aliments se poursuit donc après leur sortie du magasin ou du restaurant : récupérer un panier et en consommer tout le contenu constituent deux étapes distinctes.


Too Good To Go reconnaît cette différence d’échelle :

« Le problème dépasse les seules initiatives privées »

déclarait Caroline Ray, directrice France, dans un communiqué publié le 29 septembre 2026.


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Sarah Palumbo,

Copywriter & rédactrice SEO - Foodtech & Foodservice


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